Les scientifiques savent depuis les années 60 que de nombreux lacs se cachent sous les glaciers de l'Antarctique. Ils pensaient toutefois que ces étendues d'eau étaient isolées. Mais le satellite européen de télédétection ERS-2 semblerait révéler que des rivières sub-glaciaires transportent des masses considérables d'eau d'un lac à l'autre.
On doit cette découverte à des chercheurs britanniques, qui analysaient les variations dans la hauteur de la calotte glaciaire. Les mesures extrêmement précises du radar ont révélé que la surface du glacier s'était affaissée d'environ trois mètres au-dessus d'un lac. Par contre, à quelques deux cent quatre-vingt dix kilomètres de là, au-dessus de deux lacs distincts, le glacier s'était soulevé.
La seule explication possible est qu'une rivière aussi large que la Tamise coule sous les 4 kilomètres d'épaisseur de la calotte glaciaire. En 16 mois, environ 1,8 km3 d'eau a emprunté un tunnel creusé à l'intérieur de la glace.
"Ces nouvelles données montrent que les lacs sub-glaciaires 'sautent' parfois comme des bouchons de champagne, libérant des inondations qui se propagent sur de très grandes distances", a expliqué le professeur Duncan Wingham de l'University College London (UCL).
"Cette découverte pose un problème de taille : le forage du glacier jusqu'aux lacs pourrait les contaminer avec de nouveaux microbes," a ajouté le professeur Wingham. "Nos données indiquent que la contamination ne serait pas limitée à un lac, mais qu'elle se propagerait à tout le réseau des cours d'eau.
"Nous pensions que ces lacs étaient aussi isolés que des laboratoires de biologie. Aujourd'hui, nous devons tout remettre en question."